Histoire contemporaine

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La dernière grande famille au château de Lévaré : les Abrantès

C’est par son union avec la descendante du général Junot que Maurice Leray (1846-1900) reprit le titre de Duc d’Abrantès. En effet, il épousa Jeanne Joséphine Marguerite Junot (1847-1934) à Paris le 16 septembre 1869. Celle-ci était la petite-fille du célèbre général, assez fougueux dans sa jeunesse pour être surnommé « la Tempête » mais qui hélas finit dans la folie en 1813. Jean Andoche Junot avait été titré Duc d’Abrantès par Napoléon 1er en 1808, du nom d’une ville au Portugal où il avait été envoyé pour diriger les troupes. Son fils, Alfred Junot (1810-1859) fut lieutenant-colonel et c’est donc sa fille en se mariant avec Maurice Leray qui transmet le titre de duc d’Abrantès à son époux.

 

De 1860 à 1949 : le château retrouve son lustre d’antan

Possédant déjà le château du Bailleul à Gorron, la famille Leray se porte alors acquéreur du château de Lévaré. D’importants travaux de restauration sont entrepris, notamment grâce à la fortune de la femme de Maurice Leray, désormais 4ème duc d’Abrantès. Ils ont trois fils, Andoche (1871-1954), Alfred (1873-1920) et Michel (1880-1949).

« A son entrée en jouissance, le nouvel acquéreur eut d’importants travaux de réparation à faire tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, pour remettre en bon état la vieille demeure seigneuriale, négligée depuis plusieurs décennies. La Révolution l’avait dévastée et, pour effacer jusqu’au souvenir de ses anciens possesseurs, avait fait gratter et disparaître du fronton de la porte d’entrée, leurs armoiries gravées dans la pierre. Le comte de Montécot qui l’habita après la Révolution et y mourut en 1847 ne fit que le strict nécessaire.

En conséquence, Monsieur Le Ray, voulant lui rendre son antique splendeur, fit remonter le fronton au milieu de la façade et construire la tourelle en encorbellement qui s’élève au sud-ouest et complète ainsi l’œuvre des siècles passés. »

L’aîné, cinquième et dernier à porter le titre de duc d’Abrantès, fut lieutenant-colonel et maire de Lévaré durant la Première Guerre mondiale. Il épousa en 1899, Nicole de Maigret (1878-1957), fille d’un riche négociant en champagne d’Epernay. Ils eurent 7 filles dont la dernière s’est éteinte en 2003. La famille vécut ici des jours heureux (excepté la période de la Seconde guerre mondiale) et tandis qu’une préceptrice à demeure, Mademoiselle Fafin, s’occupait de l’éducation des filles du duc, un personnel nombreux s’activait sur le domaine qui comprenait 7 fermes et des centaines d’hectares.

Trois générations de cette famille se sont ainsi succédées au château de Lévaré, de 1860 jusqu’au départ du duc et de la duchesse d’Abrantès pour Saint-Cloud en 1949.

Vue du château de Lévaré dans les années 30. Si  le parc n’avait pas la configuration actuelle, le magnifique tilleul en est toujours le fier témoin.

 

De 1950 à 2010 : le château dans la tourmente en quête de paix

Richement décoré du temps des Abrantès, notamment des souvenirs de Napoléon et de Junot, il ne reste plus rien du billard, du piano à queue, des tentures et du mobilier… Tout est parti en fumée ou a été balayé par le vent tournant de l’histoire.
A partir de cette date, le château connaîtra bien des avanies, de l’incendie en 1956, aux conséquences désastreuses puisque le propriétaire de l’époque laissa le bâtiment à l’abandon, jusqu’au saccage de la chapelle. Un indigne successeur des Abrantès et une décennie de blessures dont le château faillit ne pas se relever. Heureusement, une main bienfaitrice se tendit, celle de Madame Geneviève Milan qui, dès les années 80 entreprit un début de sauvetage d’autant plus salutaire que le château menaçait de ruine.
Depuis 2001, nous inscrivant dans ses pas et ceux d’une histoire pluriséculaire, nous avons tenté de redonner vie au château en l’habitant à nouveau, ce qui n’était pas arrivé depuis un demi-siècle.

 

2006 : le classement ISMH du château et de ses dépendances

Le château, ses jardins, sa chapelle, ses douves, son pont-levis et les différents bâtiments ont été classés ISMH en 2006, lui assurant ainsi un périmètre de protection.
L’année précédente, en 2005, le 28 juillet, nous avions eu le plaisir d’accueillir le festival des Nuits de la Mayenne pour un spectacle intitulé « Les vacances de Monsieur Pillon », où plus de 350 personnes étaient venues assister à la représentation en soirée, sous le feuillage protecteur de l’immense tilleul et avec en arrière-plan le donjon. Depuis, d’autres manifestations artistiques ou équestres ont eu pour cadre le château de Lévaré, sans oublier le rendez-vous annuel des Journées du Patrimoine.

 

Ceux qui seront là en 2063…

Pourront fêter le millénaire de sa fondation puisque le Chartrier de Marmoutier rapporte qu’en 1063 un seigneur, Hamelinus Livaricus, habitait déjà sur place. Nous verrons d’ici là de lui consacrer un hommage par une exposition.